Nicolas, les mains dans la terre et le chanvre ancré dans les Alpes
Avant Hot Alpine Weed, il y a Nicolas, une enfance passée entre les champs et les forêts d’Alsace, les premières cabanes et un potager qui fait naître le goût de cultiver. L’horticulture et le maraîchage deviennent son métier. Des fleurs aux légumes, en passant par les champignons, son parcours se construit au contact du vivant, avec cette envie de comprendre ce qui pousse et comment en prendre soin.
Aujourd’hui, c’est à Eygliers, dans les Hautes-Alpes, qu’il cultive du chanvre CBD sur une parcelle de 1 200 m², à environ 1 000 mètres d’altitude. Son quotidien se partage entre le travail au champ et de longs moments d’observation : regarder les plantes, sentir la terre, repérer les auxiliaires et ajuster ses pratiques. Sol non retourné, ressources locales, récolte à la main et attention portée au séchage traduisent une même volonté : faire progresser la qualité tout en laissant son terroir s’exprimer.
Dans cet échange, Nicolas raconte aussi les essais, les difficultés, les encouragements et les préjugés qui accompagnent son activité. Il partage ses choix de culture, son attachement aux fleurs naturelles et les questions qu’il se pose pour l’avenir du chanvre français. Une rencontre avec un producteur qui parle de son expérience sans prétendre détenir toutes les réponses, mais avec une conviction : continuer à apprendre et à soigner son travail.

Le parcours de Nicolas et les débuts de Hot Alpine Weed
01. Derrière Hot Alpine Weed, qui es-tu ? Peux-tu nous raconter ton parcours et ce qui t’anime en dehors des cultures ?
Je m'appelle Nicolas, j'ai 40 ans et je cultive du chanvre sur une parcelle de 1 200 mètres carrés dans les Hautes-Alpes. J'ai grandi dans un petit village en Alsace, entouré de champs et de forêt. On passait beaucoup de temps en forêt avec les copains à faire des cabanes, pêcher, etc. Puis à l'adolescence j'ai commencé à faire un potager dans le jardin et remplir ma chambre de plantes vertes. C'est naturellement qu'après le collège, au moment de commencer les études, j'ai fait 4 années de lycée agricole pour obtenir un bac pro en horticulture et maraîchage. Depuis j'ai toujours travaillé dans ce secteur (fleurs, légumes, champignons, petits fruits…). En dehors de ça j'aime beaucoup randonner en montagne et les sports de glisse. Je tiens à préciser que tout ce que je vais dire ici n'est que mon avis et mon expérience personnelle et absolument pas une vérité absolue.
02. Tu évoques 25 ans d’expérience en horticulture et en maraîchage. Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire du chanvre ton métier, et comment Hot Alpine Weed est né ?
Le chanvre est une plante que j'ai rencontrée à l'adolescence. C'est une plante qui m'a rapidement fasciné de par ses arômes et ses effets. J'ai un cerveau qui mouline beaucoup et je pense qu'elle m'a aidé à me canaliser. J'en ai consommé de façon quotidienne jusqu'à mes 30 ans. Ensuite j'ai décidé de faire une pause car sa consommation était devenue contre-productive pour moi. J'en ai profité pour aussi arrêter le tabac. Je suis revenu au chanvre il y a environ 3 ans par le CBD. J'ai trouvé ça génial de pouvoir profiter des arômes tout en bénéficiant de ses bienfaits sans avoir le côté psychotrope. C'était aussi une période où je devais me réorienter car ma champignonnière n'était plus rentable. Comme je connaissais déjà la culture de chanvre de par mon ancienne consommation, j'ai décidé de faire un petit essai dans une serre dans mon jardin. Ça a très bien fonctionné et les fleurs étaient de bonne qualité. L'année suivante j'ai réussi à trouver une parcelle de 1 200 mètres carrés à louer pour passer à la vitesse supérieure. Vu que j'étais habitué à cultiver trente légumes différents sur l'année sur une grande surface, ça n'a pas été très compliqué pour moi de passer à une culture chanvrière. Je suis en train de terminer ma 3e année et suis depuis peu propriétaire de cette parcelle. Je vais donc pouvoir me projeter un peu plus et m'équiper pour aller plus loin dans la qualité.
03. Te souviens-tu de ta première récolte de chanvre ? Qu’est-ce qu’elle t’a appris, et que ferais-tu autrement aujourd’hui ?
Du coup c'est quand j'étais ado. Et pour faire simple je dirais qu'elle m'a appris qu'il faut faire attention aux fleurs mâles, sinon ça crépite !
Autrement pour ma première culture pro de CBD, ça m'a appris que le choix des variétés en extérieur est beaucoup plus important qu'en intérieur. Je parle au niveau cultural. Je savais déjà que le temps de floraison est important dans un climat comme le mien où les dernières gelées sont tardives au printemps et peuvent être précoces à l'automne. Par contre je ne savais pas que certaines variétés attirent plus les chenilles que d'autres, je trouve que c'est un facteur très important à prendre en compte en extérieur, surtout si on ne veut pas traiter contre la chenille. Aujourd'hui je sélectionne mes variétés pour différents critères et j'y ai rajouté celui-ci.
04. Ton activité est installée à Eygliers, dans les Hautes-Alpes. Quel lien entretiens-tu avec ce territoire, et comment ton entourage a-t-il accueilli ce projet ?
C'est sûr que dans un département peu peuplé, rural et qui plus est dans un petit village, quelqu'un qui se met à faire pousser du chanvre ça fait parler. Ici on est plutôt habitué à voir des brebis.
Je dirais que l'accueil est partagé. Mon champ est en bordure d'un sentier pédestre touristique très fréquenté. Du coup il y a souvent des gens qui me posent des questions et je reçois beaucoup d'encouragements.
Au contraire, lors des dernières élections municipales j'ai voulu me mettre sur une liste. Les connaissances qui y étaient déjà ont trouvé ça très bien que je veuille m'impliquer. Mais lorsque quelques anciens du village qui étaient sur cette liste ont appris mon activité agricole, je me suis fait évincer.
C'est pareil avec mes voisins directs particuliers et agriculteurs. Il y en a avec qui ça passe très bien et qui me donnent des coups de main quand j'ai besoin et d'autres avec qui c'est plus compliqué.
Derrière chaque culture, il y a un parcours et une histoire. Retrouvez d’autres rencontres avec celles et ceux qui font vivre la filière dans notre rubrique Chanvriers Français.

Cultiver le chanvre en montagne : observer et s’adapter
05. Si on passait une journée avec toi au champ, qu’est-ce qu’on découvrirait de ton quotidien que les clients ne soupçonnent pas ?
Peut-être le temps que je passe à observer. Autant à quatre pattes pour avoir les yeux dans les plants de chanvre, dans la prairie, dans le sol… Autant le temps passé sur une chaise en surplombant la parcelle pour l’observer dans son ensemble. Ça permet de voir la macrofaune (oiseaux, lézards…), le comportement des plantes par rapport aux éléments (vent, route…).
Tout ce temps d’observation permet de faire des liens, comprendre, ajuster, progresser.
06. Cultiver à 1 000 mètres d’altitude, ça fait rêver sur les photos. Mais sur le terrain, quels sont les cadeaux et les coups durs de la montagne ?
Au niveau cadeau j'en vois plusieurs. Les basses températures en hiver régulent beaucoup mieux les ravageurs qu'en plaine, c'est un phénomène que j'avais déjà pu observer en Haute-Savoie.
Je dirais aussi que les nuits froides d'automne donnent un arôme particulier aux fleurs de montagne, elles poussent les plantes dans leurs retranchements.
Et bien sûr il y a le paysage, ça fait 20 ans que j'habite en montagne et je ne m'en lasse pas.
Pour les coups durs, il y a souvent des épisodes de grêle ici. Pour l'instant je suis passé à travers mais ce printemps ça a failli être la cata.
07. Tu mets en avant l’influence du climat alpin sur tes fleurs. Quelles différences observes-tu concrètement sur la résine et les arômes, et comment les distingues-tu de l’influence des variétés ?
Comme je le disais dans la réponse précédente, les gros écarts de température entre le jour et la nuit ainsi que les nuits froides qui arrivent à l'automne forcent les plantes à se défendre et à s'équiper pour arriver à terme. Car il ne faut pas l'oublier, un des principaux objectifs d'une plante est de se reproduire (comme la majorité des êtres vivants).
Il va donc y avoir des changements chimiques (terpènes, cannabinoïdes…) et aussi physiques (plante plus trapue…). Mais je constate que ce n'est pas bénéfique pour toutes les variétés. Certaines développent des arômes très intéressants en devant s'adapter au climat mais d'autres capitulent.
Comment je le distingue de l'influence des variétés ? Par plusieurs biais, je goûte régulièrement les productions d'autres collègues qui ont les mêmes variétés, qui ont des pratiques culturales similaires aux miennes et qui sont dans des climats différents. J'ai aussi beaucoup de retours des partenaires pro et clients particuliers qui vont dans ce sens. Je suis bien sûr conscient qu'il y a d'autres facteurs qui jouent comme le sol, le séchage et le curing.
Et surtout je ne dis pas qu'une plante qui a poussé en montagne est meilleure qu'une autre, je dis juste que ça apporte une différence.
08. Comment choisis-tu les variétés que tu cultives ? Quel équilibre recherches-tu entre adaptation au climat, maturité, arômes et respect du cadre réglementaire ?
Eh bien c'est un sacré casse-tête. Chaque année je passe beaucoup de temps à regarder les catalogues des semenciers.
Il y a plusieurs facteurs qui rentrent en jeu. Le 1er auquel on pense est les arômes et je sais maintenant que certains arômes fonctionnent mieux chez moi que d'autres. Il y a aussi le temps de floraison car chez moi le froid arrive vite et il ne faut pas en abuser non plus. La résistance aux ravageurs et aux maladies. La résistance à la sécheresse. Le port de la plante, il y a beaucoup de vent ici donc je cherche plutôt des petites plantes trapues. La compacité des fleurs. Est-ce qu'elles vont être faciles à manucurer ? Et j'en oublie sûrement.
Même si 3 ans ça fait peu je commence à avoir une petite sélection avec une base sûre que je vais garder pour les prochaines années en continuant de faire un peu de phéno hunt chaque année pour trouver des nouvelles pépites.

Le sol vivant et les ressources locales au cœur de la culture
09. Tu expliques que tu nourris la terre plutôt que la plante. À quoi reconnais-tu un sol qui fonctionne bien, et quels gestes fais-tu pour entretenir cette vie ?
Pour moi la première chose à faire pour évaluer la qualité d'un sol est de plonger sa main dedans pour le ressentir et ensuite de le sentir au nez au sens propre du terme. On peut déjà identifier pas mal de choses à l'odeur. Faut que ça sente l'humus ! Il faut aussi utiliser ses yeux et même une loupe ou un microscope pour pouvoir observer les mycorhizes et la microphone. Je trouve aussi que c'est bien de faire un relevé des plantes bio-indicatrices qui s'y trouvent, ça va donner de bons éléments sur la structure physique et chimique du sol.
Ensuite je dirais que par rapport à mes besoins personnels et ma façon de cultiver, un sol qui fonctionne bien est un sol qui retient bien l'eau mais sans asphyxie, qui permet le développement des plantes sans carences ni excès, qui permet un bon développement racinaire et surtout qui fait ressortir l'expression du terroir sur lequel pousse la plante. Malheureusement aujourd'hui je vois des pratiques qui tendent à l'uniformisation des produits CBD qu'on peut trouver sur le marché.
Tu vois par exemple pour entretenir la vie du sol et faire en sorte que mon terroir ressorte dans mes fleurs j'ai choisi de n'y apporter que des intrants locaux. Du moins à 99 %. Le fumier de cheval vient d'un centre équestre à 1 km, les copeaux de bois viennent d'une menuiserie à 200 m, le marc de pommes provient de la presse des pommiers des villages alentours, le fumier de poule vient de chez un collègue à 2 km… Je choisis volontairement de ne pas mettre sur mon sol d'intrants qu'on peut trouver chez des fournisseurs nationaux.
10. Tu utilises des micro-organismes indigènes prélevés dans les forêts environnantes. Peux-tu nous expliquer cette pratique simplement, avec un exemple de préparation et ce que tu observes ensuite au champ ?
Alors là tu me demandes d'exposer un de mes secrets de fabrication. Bon j'hésite mais je cède.
J'ai la chance d'avoir une forêt à 200 m de la parcelle qui me permet cette pratique. Je vais faire ça sous forme de recette :
- Préparer une solution aqueuse continuellement oxygénée et brassée qu'on aura pris soin de sucrer (pour ma part vu que je ne veux que des intrants locaux j'utilise du miel). Cette solution va servir à nourrir et multiplier les futurs micro-organismes indigènes (IMO) qu'on va y incorporer.
- Aller en forêt ou dans un milieu intéressant pour y prélever de l'humus et les précieux IMO.
- Incorporer l'humus à la solution aqueuse.
- Laisser travailler pendant plusieurs jours jusqu'à ce que les IMO aient mangé tout le sucre.
- On obtient alors un thé de compost oxygéné (TCO) fait maison avec des micro-organismes indigènes parfaitement adaptés à notre territoire.
- Je l'incorpore ensuite à la parcelle en le faisant passer dans mon système d'aspersion.
Ces micro-organismes vont venir booster la vie du sol et le rendre résilient face et à d'éventuelles attaques.
Un exemple concret : cette année j'ai mis du temps à envoyer le premier TCO. Et durant le premier mois de culture j'avais deux à trois plants qui mouraient chaque semaine. En cherchant j'ai vu que ça venait du sol et qu'il y avait un champignon pathogène qui bouffait les racines. J'ai envoyé le premier TCO maison et ça a été radical, plus aucune perte due à un problème racinaire par la suite.
11. Tu travailles aussi avec des ressources locales et du biochar activé. Comment prépares-tu tes amendements, et quelles erreurs t’ont permis d’affiner ta méthode ?
Eh bien comme je le disais dans une réponse précédente, à part le biochar et l'argile, il me semble n'avoir que des intrants locaux pour le sol. Je les prépare de manière assez différente suivant la fonction que je veux qu'ils remplissent.
Par exemple, j'ai une parcelle très sableuse, c'est bien car le chanvre aime avoir un sol drainant mais c'est aussi embêtant car du coup il ne retient pas bien l'eau ni les nutriments et n'est pas très riche en humus. La première année j'ai donc fait un apport massif d'amendements organiques par compostage sur place en surface. C'est-à-dire que j'ai mis toute la matière organique à la surface de la parcelle. L'idée était de créer une couche d'humus qui va doucement s'incorporer au sol (car je ne retourne pas mon sol).
Pour l'année 2027 je suis en train de préparer un gros tas de compost qui sera mis précisément à la base de chaque plant et qui fera office de réservoir de nutriments et de paillage à la fois. Ce sont les mêmes intrants que j'avais compostés en surface en 2026 mais ils ne sont pas préparés et apportés de la même manière.
12. Comment fais-tu face au manque d’eau, aux ravageurs ou aux maladies, tout en restant fidèle à tes choix de culture ?
Eh bien je m'inspire beaucoup de la permaculture tout en y mêlant un côté bio intensif.
J'essaie vraiment de faire en sorte d'avoir un écosystème équilibré et autonome. C'est quelque chose qui prend du temps à se mettre en place mais je suis confiant dans sa réalisation.
J'essaie de créer beaucoup d'humus et aussi d’apporter un peu d'argile pour faire face aux sécheresses à venir. Pour l'instant je n'ai pas eu de pénurie d'eau car le terrain est au bord d'une rivière qui descend de la montagne.
Je laisse évidemment des zones sauvages qui sont des refuges pour les auxiliaires. Dans la même logique je ne retourne pas mon sol et ne tonds pas les adventices entre mes plants. Ça permet d'avoir un paillage vivant et de participer à l'équilibre du système.
Pour l'instant pour les ravageurs je dirais que j'observe principalement. Cette année j'ai eu un peu plus de soucis avec les chenilles que les années précédentes mais c'était très localisé sur certaines variétés. Comme je ne veux pas traiter, avec mon fils on a fait plusieurs passages pour réduire la population, il adore les éclater entre ses doigts 😅. Il va de soi qu'à moins de m'équiper avec une serre anti-insectes, ces variétés ne seront pas reconduites dans les années futures.
13. Tu présentes ta production comme certifiée Agriculture Biologique. Qu’est-ce que cette certification implique concrètement, et quels engagements personnels prends-tu au-delà du cahier des charges ?
Eh bien je pense que tu as déjà compris que de par ma philosophie et mes pratiques je vais bien au-delà du cahier des charges qu'impose le label agriculture biologique. On peut très bien se conformer au cahier des charges et être dans une pratique pas du tout durable au niveau écologique. Par exemple le cahier des charges bio ne parle pas du tout de l'impact carbone que peut avoir un intrant. Je pourrais très bien faire venir du fumier de très loin alors que je peux en avoir en local et que ça ne poserait pas de problème à mon organisme certificateur.
Si je travaille avec des intrants locaux ce n'est pas que pour ce que ça apporte à mes fleurs mais aussi pour réduire mon empreinte écologique au minimum.
Pour moi le label bio m'apporte un plus au niveau de l'image de ma marque et soyons francs et honnêtes, un crédit d'impôt non négligeable.
Ce cahier des charges n'est pas du tout une contrainte pour moi.
Pour approfondir le rôle de la matière organique et des micro-organismes dans la fertilité des sols, découvrez notre article sur le lombricompost et la culture du chanvre en sol vivant.

Chez un voisin agriculteur, Nicolas récupère du fumier de poule pour nourrir le sol de sa parcelle : une ressource locale qui s’inscrit dans sa démarche de culture.
De la récolte aux arômes : faire primer la qualité
14. La récolte et la manucure sont réalisées à la main. Comment décides-tu du bon moment pour couper, puis comment conduis-tu le séchage et l’affinage pour préserver le travail de toute une saison ?
Le bon moment pour couper dépend de plusieurs facteurs. Il faut déjà regarder l'aspect des trichomes au microscope pour se rendre compte de leur maturité. La densité de la fleur est aussi à prendre en compte. De même que le niveau de sénescence. Et bien sûr les arômes, suivant la météo ou le moment de la journée les arômes peuvent être plus ou moins prononcés.
Je prête attention à ne récolter que les fleurs à pleine maturité, donc par conséquent je fais plusieurs passages sur un même plant à différents intervalles.
Ensuite pour le séchoir j'ai une pièce parfaitement équipée pour pouvoir conduire la température et l'hygrométrie tout au long du séchage. Il s'y trouve humidificateur, déshumidificateur, climatisation, brasseur d'air. Avec ça j'arrive à avoir une conduite vraiment très précise. C'est une étape à ne pas négliger, on peut avoir de très belles fleurs à la récolte et foirer le travail d'une saison sur un mauvais séchage.
Pour le curing c'est pareil, j'ai une pièce dédiée où je contrôle le climat. Il y a aussi un processus qui évolue au fil du temps en changeant la fréquence et la durée d'ouverture des fûts.
15. Quelle fleur de ton catalogue raconte le mieux Hot Alpine Weed ? Présente-la-nous à travers son histoire au champ et son identité aromatique, plutôt qu’à travers son seul taux de CBD.
Eh bien justement elle n'est plus au catalogue, elle a trop plu au public ! La Gas Can cultivée en 2025 a eu un fort succès. J'ai pu remarquer que les fleurs ayant un profil lourd type diesel fonctionnent bien chez moi. Leurs arômes sont bien amplifiés par mon environnement et mes pratiques.
Cette année il y a entre autres la Sour Chem, l'OZ kush BX et l'Elkpaccio qui devraient être dans ce type-là, elles sont actuellement en séchage et curing, on aura le verdict dans quelques semaines.
Avec les essais et les sélections que j'ai pu faire ces trois dernières années, plus l'écosystème qui commence à se mettre en place, les plantes mises en culture en 2027 représenteront bien l'identité d'Hot Alpine Weed.
16. Quel échec t’a le plus fait progresser, et quelle réussite t’a rendu le plus fier ? On aimerait découvrir ce qu’il y a derrière les belles fleurs et les photos de récolte.
Je dirais que je dois faire attention à garder ma ligne directrice qui est de faire primer la qualité sur la quantité. Cette année j'ai mis beaucoup plus de plants que l'année dernière et heureusement qu'il n'y a pas eu de gros problèmes de ravageurs ou autre car j'étais déjà au maximum du temps et de l'énergie que je pouvais y mettre. La situation aurait pu dégénérer.
L'année prochaine je vais réduire la quantité de plants mis en culture pour pouvoir les bichonner encore plus et toujours faire évoluer la qualité et l'expression du terroir.
Pourquoi le travail après la récolte compte-t-il autant ? Notre dossier sur le séchage et le curing des fleurs de CBD explique ces deux étapes et leur rôle dans la préservation des arômes et la qualité finale.

Traçabilité et fleurs naturelles : les engagements de Nicolas
17. Quelles garanties peux-tu montrer à un client sur un lot précis ? Comment organises-tu la traçabilité et les analyses, notamment pour les cannabinoïdes et les éventuels contaminants ?
Eh bien c'est très simple, chaque variété et même chaque phénotype est identifié du semis jusqu'à la vente avec son propre numéro de lot. Numéro de lot qui est évidemment sur l'étiquette du contenant de la vente.
Chaque numéro de lot bénéficie d'une analyse dans un laboratoire spécialisé. Je prends soin de bien archiver tout ça.
Pour les contaminants issus du sol je ne m'en fais pas du tout. Le terrain que je viens d'acquérir était occupé depuis des décennies par des éleveurs de brebis. C'était une prairie qui était fauchée quelquefois dans l'année pour faire du foin, rien de plus. On est en zone Natura 2000 donc tout est bien préservé ici. On est aussi dans un département où il n'y a pas de grosses industries. Aucune pétrochimie, etc. Du coup la qualité de l'air est exceptionnelle.
18. Entre les fleurs naturelles, les produits enrichis et les cannabinoïdes de synthèse ou semi-synthèse, les consommateurs peuvent se perdre. Où places-tu tes limites, et comment expliques-tu tes choix sans entretenir la confusion ?
La limite est très simple : zéro chimie, que ce soit avant pendant ou après la culture.
Pour moi c'est très simple à expliquer, on est sur un végétal d'exception qui selon moi est déjà parfait et n'a pas besoin d'être modifié. Ce serait un manque de respect pour la plante de la modifier de cette façon.
Je travaille aussi dans un service d'urgence à l'hôpital et depuis quelque temps on commence à voir arriver des gens qui font des malaises et de la tachycardie, car ils ont consommé des cannabinoïdes de synthèse. Je ne prendrai personnellement pas le risque de goûter ce type de produit et bien sûr ne ferai pas courir ce risque à d'autres personnes.
Je veux être dans l'excellence de la culture et non un tricheur.

Réglementation et avenir du chanvre : les attentes d’un petit producteur
19. Dans la réglementation française du chanvre et du CBD, qu’est-ce qui pèse le plus sur ton quotidien ? As-tu un exemple concret lié aux variétés, au THC, aux contrôles ou à la commercialisation ?
Quelque chose qui m'embête personnellement et qui revient régulièrement comme question auprès de consommateurs ou simplement de personnes curieuses, c'est les tests salivaires qui détectent le THC au volant. La France est vraiment en retard là-dessus.
Une proposition de loi élaborée par l'AFPC (dont je suis membre) et l'UPCBD vient d'être déposée au Sénat. Il y a une partie qui parle notamment de ce sujet et qui demande une tolérance sous un certain seuil comme pour l'alcool. J'espère sincèrement que ça aboutira.
20. Quel regard portes-tu sur le cadre européen Novel Food pour les aliments et ingrédients contenant du CBD ? Est-ce que ce sujet influence tes projets de transformation ou de diversification, et quels points aimerais-tu voir clarifiés ?
J'adore la transformation, du coup le novel food me pose bien des problèmes. J'ai une amie et voisine qui est productrice de plantes aromatiques et médicinales, elle a une belle panoplie de produits transformés (huiles, baumes, spray buccal, etc.). On avait prévu de travailler ensemble sur le chanvre pour sortir une toute une nouvelle gamme. Eh bien avec les nouvelles directives de la DGAL par rapport aux novel food je suis complètement bloqué et ne peux pas mettre en place ce projet. Du coup pas de diversification possible et rien à proposer pour les personnes qui veulent profiter des bienfaits du chanvre sans devoir le fumer ou l'infuser. C'est génial !
21. Quelles règles permettraient, selon toi, de protéger les consommateurs tout en laissant une place aux petits producteurs ? Sur les analyses, la traçabilité ou les démarches administratives, quelles mesures seraient utiles et lesquelles seraient disproportionnées ?
Pour :
- Consolider la qualification des fleurs brutes de chanvre pour prévenir le risque d’assujettissement à une accise.
- Mettre en place une traçabilité des produits et lutter contre les fraudes, notamment contre la présence de nouveaux produits de synthèse dans des produits vendus comme du CBD.
- Protéger les mineurs et encadrer la vente par distributeur automatique.
- Traiter la question des traces de THC au volant.
Contre :
- Un monopole de la distribution par le lobby du tabac.
22. Dans cinq ans, qu’aimerais-tu avoir construit avec Hot Alpine Weed ? Qu’est-ce qui te donne confiance dans l’avenir du chanvre français, et qu’aimerais-tu dire aux membres du forum by Hollyweed pour terminer ?
J'aimerais diversifier mes modes de culture (extérieur, sous serre, light dep).
Avoir une gamme de produits transformés à proposer, notamment pour l’application cutanée et la prise orale.
Être autonome sur les intrants organiques.
Je ne souhaite pas avoir une grande production mais plutôt que ma marque soit signe de qualité et qu'on puisse reconnaître mes produits par rapport aux autres. Que quand quelqu'un goûte une de mes fleurs, il se dise : mmm, ça ressemble à une production Hot Alpine Weed ça !
Je n'ai pas spécialement confiance ou l'inverse dans l’avenir du chanvre français, je sais juste que j'ai envie d'y croire ! C’est une des raisons pour lesquelles je suis membre de l’AFPC, je veux soutenir leurs initiatives.
Merci beaucoup de m'avoir donné la parole, merci à Hollyweed.
Et pour les membres du forum, d'ici quelques semaines la récolte 2026 sera sur hotalpineweed.fr, et vous pouvez profiter dès aujourd'hui de 20 % de remise sur votre première commande avec le code HOLLYWEED.
Les questions soulevées par Nicolas s’inscrivent dans une histoire plus large. Pour mieux comprendre le contexte de la filière, retrouvez notre dossier sur l’histoire du CBD en Europe, l’évolution du marché.

Le mot de Mon Ika
Ce que je retiens de cet échange avec Nicolas, c’est le temps qu’on ne voit pas sur une photo de fleur. Celui passé à observer sa parcelle, à chercher ce qui fonctionne, à se tromper et à recommencer. Et cette capacité à dire qu’il faudra mettre moins de plants l’année prochaine pour pouvoir mieux s’en occuper. Ça paraît simple, mais faire primer la qualité demande aussi de connaître ses limites.
J’ai aimé sa franchise. Nicolas partage ce qu’il a appris, sans nous vendre une méthode parfaite ni prétendre avoir réponse à tout. Derrière Hot Alpine Weed, on découvre un homme attaché à la terre, à ses montagnes et aux ressources qu’il trouve près de chez lui. Un voisin, du fumier, des coups de main : le chanvre français, c’est aussi cette vie locale qui continue autour des cultures.
Les incertitudes sur l’avenir sont là, et il ne les cache pas. Mais sa phrase « j’ai envie d’y croire » me parle. Parce que derrière les débats sur la filière, il y a des personnes qui travaillent et qui essaient de construire quelque chose qui leur ressemble.
Merci Nicolas d’avoir pris le temps de nous ouvrir un peu les portes de ton quotidien. Et vous, qu’avez-vous retenu de cette rencontre ? L’espace commentaires est là pour prolonger l’échange.
Mon Ika
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Où retrouver Hot Alpine Weed ?
Pour découvrir l’univers de Nicolas et en savoir plus sur son travail de producteur de chanvre CBD dans les Hautes-Alpes, retrouvez Hot Alpine Weed sur son site et ses réseaux sociaux :
Site officiel de Hot Alpine Weed — découvrir son savoir-faire et les fleurs proposées.
Hot Alpine Weed sur Instagram — suivre les cultures en images et les moments de vie à la parcelle.
Hot Alpine Weed sur Facebook — retrouver ses actualités et ses partages autour du chanvre.
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FAQ — Mieux connaître Hot Alpine Weed et son chanvre CBD
Qui se cache derrière Hot Alpine Weed ?
Hot Alpine Weed est le projet de Nicolas Wagner, un professionnel issu de l’horticulture et du maraîchage. Après avoir travaillé dans les fleurs, les légumes et les champignons, il s’est tourné vers la production de chanvre CBD. Dans cette interview, il termine sa troisième année de culture professionnelle du chanvre.
Où Nicolas cultive-t-il son chanvre ?
Nicolas cultive une parcelle de 1 200 m² à Eygliers, dans les Hautes-Alpes, à environ 1 000 mètres d’altitude. Devenu propriétaire de ce terrain, il souhaite poursuivre ses aménagements et améliorer ses conditions de travail.
Comment le climat montagnard influence-t-il ses cultures ?
Nicolas doit composer avec le vent, les gelées tardives au printemps, le retour du froid à l’automne et le risque de grêle. Selon ses observations, les écarts de température influencent aussi l’expression aromatique de certaines variétés. Il précise toutefois que la montagne ne rend pas automatiquement une fleur meilleure : elle apporte des conditions particulières auxquelles les plantes doivent s’adapter.
Que signifie la culture en sol vivant chez Hot Alpine Weed ?
Pour Nicolas, cette approche consiste à entretenir la vie et la fertilité du sol pour accompagner les plantes. Il ne retourne pas sa terre, conserve une couverture végétale entre les plants et apporte de la matière organique. Il laisse également des zones sauvages pour accueillir les auxiliaires et favoriser l’équilibre de la parcelle.
Quels amendements utilise Nicolas pour nourrir son sol ?
Il privilégie les ressources proches de son exploitation : fumier de cheval, fumier de poule, copeaux de bois et marc de pommes. Il utilise aussi du biochar et de l’argile. La préparation et les apports évoluent selon les besoins de sa terre, qu’il décrit comme très sableuse.
Hot Alpine Weed est-il certifié en agriculture biologique ?
Nicolas indique dans cette interview que sa production est certifiée en agriculture biologique. Il explique aussi faire des choix personnels qui vont au-delà du cahier des charges, notamment en privilégiant les intrants locaux pour limiter les transports.
Comment les variétés sont-elles sélectionnées ?
La sélection repose sur plusieurs critères : les arômes, la durée de floraison, la résistance aux ravageurs et aux maladies, la sécheresse, la tenue au vent et la facilité de manucure. Nicolas conserve progressivement les variétés adaptées à sa parcelle, tout en poursuivant de nouveaux essais.
Comment se déroulent la récolte, le séchage et le curing ?
La récolte et la manucure sont réalisées à la main. Nicolas observe notamment les trichomes au microscope et effectue plusieurs passages sur un même plant pour récolter les fleurs à maturité. Le séchage se déroule dans une pièce équipée pour contrôler la température et l’humidité. L’affinage, ou curing, bénéficie ensuite d’un espace dédié et d’un suivi régulier.
Comment Nicolas organise-t-il la traçabilité de ses fleurs ?
Selon ses explications, chaque variété, et même chaque phénotype, possède son propre numéro de lot, conservé du semis jusqu’à la vente et indiqué sur l’étiquette. Nicolas précise que chaque lot bénéficie d’une analyse dans un laboratoire spécialisé. L’interview ne détaille toutefois pas l’ensemble des substances recherchées dans ces analyses.
Quelle est sa position sur les fleurs enrichies et les cannabinoïdes de synthèse ?
Nicolas défend des fleurs dont la composition naturelle n’est pas modifiée après la culture. Il refuse l’ajout de cannabinoïdes de synthèse ou de semi-synthèse et souhaite que la qualité de ses produits repose sur son travail de cultivateur.
Quels sont les projets de Hot Alpine Weed ?
Nicolas souhaite diversifier ses modes de culture, développer son autonomie en intrants organiques et, lorsque le cadre réglementaire le permettra, concrétiser des projets de transformation. Son objectif reste une production à taille humaine, avec des fleurs reconnaissables par leur qualité et leur identité aromatique.
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Et vous, qu’avez-vous retenu de cette rencontre ?
Une découverte sur le sol vivant, un regard différent sur le chanvre de montagne ou une question à poser à Nicolas ? Prenez la parole en commentaire. Et si vous connaissez déjà les fleurs de Hot Alpine Weed, votre retour nous intéresse aussi !
Le forum vit grâce à vos échanges : à vous la parole.