Interview Aux Champs Fleury : aujourd’hui, je vous emmène du côté de Sarras, en Ardèche, à la découverte d’un lieu où l’on ne cultive pas seulement des plantes, mais une véritable philosophie du vivant. Chez Aux Champs Fleury, la microferme s’inscrit dans une démarche d’agroforesterie et de permaculture, avec cette volonté claire de travailler en harmonie avec la nature, ses rythmes, ses équilibres et tout ce qu’elle peut offrir de plus sincère.
Ici, chaque récolte raconte quelque chose. On y retrouve des tisanes personnalisées, des épices parfumées, du chanvre sous différentes formes, mais aussi d’autres petits trésors de saison qui viennent enrichir cet univers végétal plein de sens. Rien n’est laissé au hasard, tout semble pensé avec cette envie de proposer des produits qui ont une âme, du goût, et une vraie cohérence avec le lieu d’où ils viennent.
Ce que j’ai particulièrement apprécié dans leur approche, c’est cette manière de ne pas vouloir brusquer la nature. Ici, on accompagne plus qu’on ne contraint. On prélève ce qu’il faut, avec respect, pour permettre à ce petit écosystème de continuer à vivre, à évoluer, à prospérer. Une vision presque poétique de la culture, où l’on sent qu’au-delà de la production, il y a une vraie volonté de partager, de transmettre et de reconnecter chacun aux bienfaits du végétal.
Que ce soit au détour d’un formulaire, sur les réseaux, sur une foire, un marché ou autour d’une infusion, Aux Champs Fleury ouvre volontiers la porte à l’échange. Et c’est peut-être aussi ça qui fait leur force : cette capacité à mêler savoir-faire, sensibilité, écoute et amour du vivant.
Une chose est sûre, tout l’investissement, toute la passion et tout l’amour mis dans leur production se ressentent dans leur univers... et sans doute aussi jusque dans les papilles des plus curieux.
🌿 Questions & Réponses avec Aux Champs Fleury
Question 1 — Depuis combien d’années cultivez-vous du chanvre, et qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans cette filière en France ?
On en est à la 4ème saison en chanvre CBD. Étant producteurs de plantes médicinales, il était évident pour nous d'y inclure le CBD d’un point de vue personnel. Souvent déçus par la qualité et le prix des produits proposés, nous avons souhaité l’inclure dans nos plannings de culture, autant pour notre consommation personnelle que pour le décliner en produits originaux et de qualité.
Question 2 — Quelles génétiques (variétés) privilégiez-vous aujourd’hui dans votre culture, et selon quels critères les sélectionnez-vous (terpènes, rendement, résistance, structure, taux de cannabinoïdes, climat) ?
Des génétiques sélectionnées pour leur résistance aux maladies et à la sécheresse. Des génétiques spécifiques pour la transformation et d’autres pour les fleurs. Nous cherchons surtout à avoir une palette aromatique afin de satisfaire tout le monde. Les taux de cannabinoïdes sont également un critère important.
Question 3 — Quels types de culture pratiquez-vous principalement (outdoor, greenhouse, light dep, indoor, permaculture, aquaponie…) et pourquoi avoir choisi cette méthode comme modèle principal ?
Uniquement de l’outdoor sur sol vivant. Culture certifiée bio. On essaye de suivre les principes de la permaculture et de l’agroforesterie (association de plantes, purins, amendements naturels…). Comme pour l’ensemble de notre production (fleurs, fruits, petits fruits, légumes, etc.), on souhaite avoir une production respectueuse de l’environnement, autant pour transmettre une terre propre que pour commercialiser des produits sains et qualitatifs.
Question 4 — Pouvez-vous décrire vos pratiques en matière de fertilisation et de gestion du sol ? Travaillez-vous en organique, biodynamie, permaculture… ? Quels bénéfices observez-vous ?
Il n’y a pas de travail du sol, le chanvre et son système racinaire sont de très bons décompacteurs. On amende au fumier bovin et au compost végétal sans mécanisation (environ 15 tonnes par saison : à la brouette et dans les coteaux ardéchois, paye ta motivation !). Comme on a très peu d’eau et pas de système d’irrigation efficace, on arrose très peu et donc on paille énormément (foin + paille, environ 50 cm…). On observe un rendement croissant, une diminution des ravageurs, et un sol qui s’améliore d’année en année avec une faune naturelle assez impressionnante (salamandres, vers de terre, oiseaux en tout genre, chauves-souris, etc.).
Question 5 — Quelles sont selon vous les étapes les plus déterminantes pour obtenir une fleur de qualité premium (curing, séchage, manucure, récolte au bon timing…) ?
Tout est important : récolte au timing parfait, séchage dans des conditions optimales (température stable, à l’abri de la lumière, taux d’humidité…), manucure manuelle, curing et conservation en fûts étanches.
🌾 Pratiques, vision et réalité du terrain
Question 6 — Utilisez-vous une manucure machine ou exclusivement manuelle ? Pourquoi ce choix, et quelles différences observez-vous sur le produit final ?
On a investi la deuxième année dans une machine qui ne nous satisfait pas et que nous n’utilisons plus. Désormais, toute la manucure est manuelle. Moins de perte, un produit final plus brut mais moins abîmé. Tout est question de volume : vu les nôtres, on peut se permettre de tout faire à la main, même si on se met un peu dans le jus…
Question 7 — Comment gérez-vous la pression des parasites et maladies sans compromettre la qualité et la conformité légale du produit final ?
Il n’y a pas plus de parasites ou de maladies que ça. Les associations de cultures, les rotations et la faune naturelle y contribuent beaucoup. Il y a toujours un peu de perte, mais on s’améliore d’année en année.
Question 8 — Quels outils ou technologies (capteurs, automatisation, contrôle climatique, suivi hygrométrique…) sont devenus indispensables dans votre quotidien de chanvrier ?
Nous ne travaillons avec aucun outil technologique. On bosse à l’ancienne. On a simplement un capteur d’humidité dans le séchoir, mais ça se limite à ça…
Question 9 — Quel est selon vous l’état actuel du marché français du CBD/chanvre ? Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les producteurs en France ?
C’est très compliqué. Un cadre légal flou, une concurrence importante (qu’elle soit loyale ou non), des contraintes fortes pour le consommateur, et ces néo-cannabinoïdes qui envahissent le marché… Il faut se battre et faire beaucoup de pédagogie pour expliquer les tenants et aboutissants.
Question 10 — Comment percevez-vous l’évolution de la réglementation française concernant le chanvre ? Quels changements seraient nécessaires pour sécuriser et dynamiser la filière ?
C’est encore une fois très compliqué. Beaucoup d’effets d’annonce, mais dans les faits, on n’a pas l’impression que ça bouge réellement. Les changements nécessaires seraient d’interdire tous les néo-cannabinoïdes sans exception, d’augmenter le taux de THC en l’harmonisant au niveau européen (0,5 %) et surtout d’avoir une législation claire pour les consommateurs, qui ne doivent pas avoir peur de consommer nos produits.
🌱 Modèle économique, qualité et exigence
Question 11 — Travaillez-vous en direct avec des boutiques/plateformes ou passez-vous plutôt par des grossistes ? Qu’est-ce qui influence votre choix de modèle commercial ?
90 % de vente directe, afin de garantir un prix cohérent pour nous comme pour le consommateur, essentiellement sur les marchés, foires et événements en tout genre. On aime aussi le contact, et on a besoin d’expliquer au consommateur notre métier, nos valeurs, et de démystifier les idées reçues autour du cannabis.
Question 12 — Quels sont les critères que vous considérez non négociables pour qualifier une fleur comme “haut de gamme” ?
À mon sens, tout a de l’importance.
Question 13 — Avez-vous une approche particulière pour le séchage et le curing (durée, environnement, techniques) et en quoi cela impacte-t-il les arômes et la qualité finale ?
Le séchage et le curing sont lents et contrôlés afin d’optimiser la qualité. Même avec une génétique de fou, si tu foires le séchage et le curing, tu te retrouves avec du foin…
Question 14 — Quel rôle accordez-vous aux terpènes dans vos sélections et vos cultures ? Travaillez-vous certaines variétés pour cibler des profils aromatiques précis ?
C’est essentiel. Cette année, on s’est lancé le défi de faire 15 variétés différentes 😩 afin de proposer une palette de saveurs, mais toujours en petites quantités.
🌼 Perspectives et message aux consommateurs
Question 15 — Quels projets ou évolutions souhaitez-vous développer dans les prochaines années (nouvelles génétiques, techniques, collaborations, transformation, diversification…) ?
On cherche toujours de nouvelles collaborations pour se diversifier, mais l’objectif est de faire un maximum par nous-mêmes. On espère pouvoir proposer, dès l’automne, notre miel au CBD (issu de notre ruche).
Question 16 — Qu’aimeriez-vous que les consommateurs comprennent mieux concernant votre métier et le travail derrière une fleur de qualité ?
Que c’est un métier de passion dans lequel on met tout notre cœur. On ne compte pas les heures afin de proposer le meilleur.
Au fil de cet échange, ce que l’on comprend vite avec Aux Champs Fleury, c’est qu’ici, rien n’est guidé par l’à-peu-près. Derrière chaque choix, chaque culture, chaque produit, il y a une vraie ligne de conduite, faite de patience, de travail et de respect du vivant. On sent une ferme à taille humaine, portée par des convictions solides, où la passion ne sert pas de vitrine, mais bien de moteur au quotidien.
Ce que j’ai particulièrement aimé dans leur approche, c’est cette volonté de rester cohérents du début à la fin : de la terre jusqu’au produit final, en passant par la manière de cultiver, de sécher, de transformer et de transmettre. Ici, on ne cherche pas à faire du bruit pour exister, mais à faire les choses avec sens, en gardant ce lien essentiel entre la nature, le savoir-faire et le consommateur.
Aux Champs Fleury, c’est aussi le rappel qu’une fleur de qualité, ou plus largement un produit bien pensé, ne sort pas de nulle part. Derrière, il y a des saisons, des essais, des contraintes, des heures qu’on ne compte pas, et surtout une vision. Une vision simple au fond, mais devenue rare : produire avec sincérité, sans tricher avec ce que la terre a à offrir.
Une chose est sûre, cette rencontre laisse l’image d’un projet vrai, enraciné, et profondément humain. Et ça, aujourd’hui, ça mérite largement qu’on s’y attarde.
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