La Bretagne est une terre de caractère, et certains producteurs ont choisi d'y faire pousser un chanvre qui leur ressemble. Derrière Ty Kanna se cache une équipe passionnée qui mise avant tout sur une culture naturelle, le respect de la plante et un travail minutieux, de la graine jusqu'à la récolte.
Pour cette nouvelle rencontre consacrée aux chanvriers français, nous avons souhaité aller au-delà des produits. Quels sont leurs choix de culture ? Leur vision du CBD naturel ? Les difficultés auxquelles ils sont confrontés ? Comment voient-ils l'avenir de la filière française ?
Au fil de cet entretien, Ty Kanna répond sans détour à nos questions et partage son expérience, son quotidien ainsi que les valeurs qui animent leur exploitation.

Le parcours derrière Ty Kanna
1. Avant de parler chanvre et CBD, peux-tu te présenter et raconter un peu ton parcours ?
Qu’est-ce qui t’a amené jusqu’à la création de Ty Kanna ?
Moi, c'est Simon. Je suis producteur de chanvre CBD dans le Morbihan, en Bretagne, depuis 2023. Je suis passionné par la plante depuis très longtemps.
Avant de créer Ty Kanna, j'ai eu la chance de pas mal voyager et j'ai pu croiser cette magnifique plante dans plein d'endroits différents.
J'ai eu l'opportunité de pouvoir faire de la résine au fin fond de la montagne népalaise, de récolter des plants dans le désert indien, de goûter la production de rastas à Madagascar.
Bref, cette plante m'a toujours accompagné et, dès que la législation a été assez souple pour permettre la production en France, je me suis lancé !
2. Pourquoi avoir choisi de cultiver dans le Morbihan et plus précisément sur ce terroir-là ?
Qu’est-ce que cette région apporte, selon toi, à la culture du chanvre ?
Après avoir vadrouillé pendant pas mal de temps, j'ai décidé de poser mes valises dans les terres morbihannaises parce que le coin me plaisait bien et que j'avais de la famille et des amis pas loin.
La Bretagne est depuis longtemps une région productrice de chanvre et, effectivement, c'est un terroir qui convient bien à la plante.
Contrairement à certaines idées reçues, il ne pleut pas tout le temps en Bretagne !
Notamment dans le Morbihan où les étés sont bien ensoleillés, mais où la température reste "fraîche" la nuit, ce qui permet aux fleurs de bien s'épanouir sans trop souffrir de la chaleur.
Il faut quand même prévoir quelques récupérateurs d'eau pour la stocker quand elle tombe, surtout si on cultive sous serre.
La Bretagne possède d'ailleurs une histoire étroitement liée à la culture du chanvre. Si ce patrimoine vous intéresse, nous vous invitons à découvrir notre dossier consacré à la renaissance du chanvre armoricain et au développement du CBD local en Bretagne.
📖 Découvrir l'histoire du chanvre en Bretagne
3. Le lien avec la nature semble très présent chez Ty Kanna. Est-ce quelque chose qui faisait déjà partie de ta vie avant le CBD ?
Oui, depuis très longtemps, je suis attiré par la nature, les grands espaces, les espèces vivantes.
Le fait de pouvoir intégrer ça dans ma pratique professionnelle est hyper enrichissant (mentalement !).
4. À quel moment as-tu compris que tu voulais produire un CBD naturel, vivant et ancré dans le terroir breton ?
Quitte à faire pousser une plante, autant que ce soit fait de manière naturelle ! Dès le début, l'idée était de valoriser le terroir et de s'inscrire dans un territoire précis.
Autant en indoor les productions peuvent être plus homogènes où que l'on se trouve, autant en extérieur ou sous serre les particularités du terroir vont s'exprimer, et c'est là la richesse des productions locales.
À la Canna'gri de cette année, j'ai rencontré d'autres producteurs qui ont travaillé avec certaines génétiques que j'ai pu faire aussi et, si on sentait les caractéristiques naturelles de la génétique, on sentait aussi que le terroir apporte une touche particulière qui différencie chaque production.
5. Le chanvre est-il aujourd’hui ton activité principale ou exerces-tu d’autres activités en parallèle ?
Et selon toi, est-il aujourd’hui possible de vivre pleinement d’une production artisanale de CBD en France ?
Jusque-là, j'avais une autre activité à côté, mais à partir de cette année, la production de chanvre est mon activité principale. C'est compliqué de vivre uniquement d'une production artisanale. Ce serait possible en faisant presque exclusivement de la vente directe, via les marchés par exemple, mais ça prend énormément de temps, surtout quand on est seul.
Le bouche-à-oreille commence à fonctionner et j'ai de plus en plus de gens qui me contactent directement et deviennent des clients réguliers, mais il faut du temps pour se créer une clientèle de particuliers.
Je dirais que tout dépend de la manière dont on commercialise son produit. Aujourd'hui, en termes de volume, la grande majorité de mes clients sont des professionnels.
C'est pour ça que cette année, j'agrandis ma surface de culture, mais sur une surface réduite, il faut obligatoirement passer par de la vente directe.

Culture, terroir & savoir-faire
6. Tu cultives en pleine terre sur sol vivant, avec une partie sous serre et une autre en extérieur.
Pourquoi avoir choisi cette approche plutôt qu’une culture plus « contrôlée » type indoor ?
Pour plusieurs raisons, même si j'aime beaucoup l'indoor et que j'en fais un peu cette année, je trouve ça un peu contradictoire d'utiliser une énergie considérable pour faire pousser une plante sous lampe alors qu'elle peut très bien pousser au soleil sans consommer d'énergie artificielle.
Et puis, au-delà de ça, la culture indoor demande des investissements importants et, vu l'évolution de la réglementation, ça me semble compliqué d'investir beaucoup sans savoir si, dans 2 ans, la vente de fleurs sera interdite ou limitée.
Pour mieux comprendre cette méthode de culture, retrouvez notre article Culture indoor CBD : avantages, inconvénients et différences avec l'outdoor et la glasshouse. 👇
Culture indoor CBD : avantages, inconvénients
7. Le sol semble avoir une place centrale dans ton travail.
Quel rôle joue selon toi un sol vivant dans la qualité finale des fleurs CBD ?
C'est un peu dit et redit, mais l'idée, c'est plutôt de faire en sorte, autant qu'on peut, que le sol soit en mesure d'offrir à la plante ce dont elle a besoin plutôt que d'apporter des engrais destinés directement aux plantes, même si c'est parfois nécessaire.
Le terroir s'exprime entre autres par le sol et, si on vient ajouter des engrais qu'on peut trouver partout, on perd un peu de cette particularité. J'ai la chance d'avoir un bon sol de base. Le but, c'est donc de faire en sorte que tout ce qu'il y a dedans soit accessible aux plantes. J'utilise donc des acides aminés, des enzymes et des mycorhizes pour faciliter les échanges entre le sol et les racines.
Du soleil, un bon sol vivant, de l'eau et beaucoup de travail, c'est la base pour que s'expriment le potentiel et la qualité finale des fleurs.
8. Tu utilises du lombricompost local en grande quantité chaque année.
Qu’est-ce que cela apporte concrètement à la plante et aux arômes ?
Oui, j'ai la chance d'avoir une ferme lombricole de très bonne qualité à 3 km de chez moi. Suivant les années, je mets de 500 kg à 1 tonne de lombricompost, plus le compost que je fais moi-même.
Concrètement, ça apporte à la terre plein de bactéries et de champignons bénéfiques qui vont favoriser les échanges entre le sol et les racines, mais aussi des nutriments et puis ça améliore la structure du sol.
Tout ça participe à l'épanouissement des plantes qui peuvent alors exprimer leur plein potentiel d'arômes et de goût. Et puis c'est 100 % naturel et fait à base de déchets verts valorisés, c'est parfait !

1- Montée en température du compost
2- Lombricompost maison
3- Le lombricompost peut être soit incorporé au sol, soit mis en surface pour nourrir les racines superficielles
4- Trèfle qui pousse dans le lombricompost

Le Lombricomposteur de Ty Kanna.
🌱 Envie d'aller plus loin ?
Le lombricompost occupe une place importante dans la philosophie de culture de Ty Kanna. Découvrez pourquoi cet amendement naturel est considéré comme un véritable or noir par de nombreux chanvriers et comment il contribue à préserver un sol vivant, riche en biodiversité et favorable au développement du chanvre.
9. Le terroir breton possède un climat océanique parfois capricieux.
Quels sont aujourd’hui les plus gros défis lorsqu’on cultive du chanvre en Bretagne ?
Effectivement, quand vient la période de la récolte, le moindre nuage est regardé de manière suspecte !
Mais ça dépend vraiment des années. En 2025, on n'a pas eu de pluie du 15 septembre au 15 octobre, c'était parfait pour la récolte.
Par contre, l'année d'avant, c'était l'inverse et j'ai eu beaucoup de pertes.
Mais, a priori, c'était un peu partout la même chose et pour tous les types d'agriculture.
Le défi météorologique est évidemment un des gros défis, mais c'est le jeu de l'agriculture, il faut faire avec. Par contre, l'évolution chaotique de la réglementation est probablement le défi le plus compliqué à relever...
10. Chez Ty Kanna, tout semble pensé autour du naturel et de la biodiversité.
Pourquoi est-ce important pour toi de préserver cet équilibre autour de la parcelle ?
Pour plusieurs choses, déjà parce que ça me semble important d'avoir une activité qui est vertueuse sur le plan environnemental, avec tous les bénéfices qu'on connaît sur la culture du chanvre.
Ensuite parce que cette biodiversité rend d'immenses services : les potentiels ravageurs sont naturellement régulés, etc. Et enfin parce que c'est hyper agréable de travailler entouré de chants d'oiseaux, de voir des hérissons, des salamandres, des chauves-souris, des lucioles.
La première année, les oiseaux n'osaient pas trop rentrer dans la serre, mais depuis ils ont pris l'habitude et chaque soir j'observe un ballet d'oiseaux qui viennent vider la serre des mouches et papillons qu'il peut y avoir, c'est assez sympa à regarder.

11. Vous réalisez également un séchage en intérieur dans un espace fermé et propre.
Selon toi, à quel point le séchage et le curing influencent-ils la qualité finale d’une fleur CBD ?
C'est hyper important et c'est une étape souvent négligée ou considérée comme accessoire, alors qu'un mauvais séchage peut ruiner les efforts de toute la saison.
Un séchage trop rapide, avec des ventilateurs directement sur les fleurs, c'est la garantie de voir les terpènes s'envoler et c'est dommage.
Je privilégie plutôt un séchage long dans un espace clos et propre pour éviter que de la poussière se dépose sur les fleurs. Ensuite, les fleurs sont manucurées et curées pendant un mois environ avant d'être mises en sachets.
12. Toutes les fleurs sont manucurées à la main.
Est-ce encore possible aujourd’hui de garder une approche artisanale face à un marché qui cherche souvent le rendement ?
C'est compliqué. À part quelques shops et consommateurs qui jouent le jeu (merci à eux !), beaucoup de shops cherchent la rentabilité maximale et se tournent vers des fleurs produites à bas coût et manucurées à la machine.
Je ne peux pas tout faire à la main et proposer des fleurs en dessous de 50 centimes le gramme comme on me le demande, ça n'est financièrement pas possible, à moins de vouloir gagner 3 euros de l'heure.
L'an dernier, j'ai passé une partie des fleurs à la machine pour les dégrossir un peu avant de peaufiner la manucure à la main, ça fait un bon compromis.
Parce que l'idée, ce n'est pas non plus de produire des fleurs taillées à angle droit, qu'on dirait pixélisées et qui ne ressemblent pas à grand-chose, c'est gâcher une partie de son travail.
Vous souhaitez découvrir le résultat de ce savoir-faire en conditions réelles ? Retrouvez notre revue de dégustation de la Lifter Outdoor, notre revue complète de la Cake Berry Brûlée, ainsi que la vidéo de dégustation de cette dernière. 👇
Fleur CBD Lifter : avis et dégustation
Revue de dégustation de la Cake Berry Brûlée
🎥 Vidéo de dégustation de la Cake Berry Brûlée sur YouTube

Cake Berry Brûlée
Cake Berry Brûlée de Ty Kanna, une Greenhouse bretonne au profil gourmand cultivée avec soin en pleine terre.
Lifter
Lifter de Ty Kanna, une fleur Outdoor qui illustre parfaitement l'approche artisanale et naturelle de l'exploitation.

Sour Space Candy
Sour Space Candy de Ty Kanna, une variété Outdoor révélant tout le potentiel du terroir breton et d'une culture sur sol vivant.
Vision de la filière CBD
13. Quel regard portes-tu sur l’évolution actuelle du CBD français ?
Penses-tu que les consommateurs commencent davantage à s’intéresser au terroir, au vivant et aux méthodes de culture ?
Oui et non, je pense que pour beaucoup de personnes, c'est en premier le portefeuille qui parle et elles se tournent vers les produits les moins chers, et c'est compréhensible.
Je ne donne de leçon à personne, je n'achète pas non plus tout ce que je consomme chez des producteurs locaux, le temps et le budget disponibles dictent souvent les choix.
Mais, pour peu qu'on s'intéresse au produit, on peut trouver un producteur pas loin de chez soi, quasiment au même prix, voire moins cher que ce qu'on trouve en bureau de tabac, et qui peut envoyer la commande par courrier, alors que pour se faire envoyer une tome de fromage, des tomates ou de la viande par La Poste, c'est plus compliqué !
Par contre, je pense que, comme pour les autres productions agricoles, il y a effectivement des consommateurs passionnés, eux aussi, qui s'intéressent à ce qu'ils achètent et à la manière dont c'est produit.
Les gens que j'ai rencontrés à la Canna'gri en font partie. C'est aussi la responsabilité des vendeurs d'expliquer à leurs clients ce qu'ils achètent, ce que font certains shops, d'autres un peu moins.
14. Que penses-tu de l’arrivée massive des néocannabinoïdes sur le marché ?
Est-ce selon toi une menace pour l’image du chanvre naturel et du travail des producteurs artisanaux ?
C'est clairement une menace pour l'image du chanvre et de la filière, mais là encore, je ne peux pas blâmer un consommateur qui ne souhaite pas alimenter des réseaux crados et qui achète ça en expliquant qu'au moins il ou elle ne perd pas son permis (et toute la galère que ça engendre) en cas de contrôle de la police.
Par contre, cette situation est directement imputable aux politiciens arc-boutés sur des principes dépassés qui refusent de faire évoluer la législation.
15. Avec les nouvelles pressions autour du Novel Food et des réglementations européennes, as-tu parfois l’impression que la filière française avance avec un frein permanent ?
Et qu’aimerais-tu voir évoluer pour l’avenir du chanvre CBD en France ?
À la limite, avec un frein permanent, tu sais où tu vas et tu peux t'adapter. Là, il me semble qu'on est plus sur des coups de frein à main lancés de manière aléatoire sur l'autoroute, toutes les décisions prises sont plus bêtes les unes que les autres, c'est affligeant. Heureusement qu'on est bien dans nos champs !
Pour l'avenir, ce qui serait bien, c'est de pouvoir travailler avec des limites de taux de THC un peu plus élevées et que la législation n'empêche pas, par tout un tas de contraintes, les petits producteurs de cultiver et de vendre leur production en direct, en shop ou en bureau de tabac.
📚 Pour aller plus loin
Les sujets évoqués dans cette dernière partie illustrent les nombreux défis auxquels la filière française du CBD est aujourd'hui confrontée. Si vous souhaitez approfondir ces thématiques, retrouvez nos dossiers consacrés à :
⚖️ La législation française du CBD
🇪🇺 Novel Food 2026 – Ce qui change vraiment pour le CBD
🧪 CBD vs néocannabinoïdes – Ce qu'on ne vous dit pas
🚗 CBD et conduite en France – Tests, seuils sanguins
💬 CBD légal, consommateur stigmatisé ?
🌿 Ces dossiers vous permettront de mieux comprendre les enjeux réglementaires, les évolutions du marché, les conséquences des nouvelles réglementations européennes ainsi que les défis auxquels font face les consommateurs et les producteurs français.

La passion avant tout
Avant de refermer cette rencontre, un grand merci à Simon de Ty Kanna d'avoir accepté de se prêter au jeu des questions-réponses pour Forum CBD by Hollyweed.
Merci d'avoir partagé avec autant de transparence ton parcours, ta vision du chanvre, du sol vivant, du terroir breton et de la culture artisanale. Derrière chaque fleur, il y a des choix, des convictions et beaucoup de travail. Cet échange permet de mieux comprendre ce qui anime un producteur passionné au quotidien.
Pour suivre l'aventure Ty Kanna
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Forum CBD by Hollyweed remercie Simon de Ty Kanna pour sa disponibilité et la confiance accordée à cette interview consacrée au savoir-faire des chanvriers français.